Mes années universitaires au département d’anthropologie culturelle m’ont appris que le voyage culturel est avant tout un pont vers les autres cultures, une manière d’entrer dans la logique intime d’un monde qui n’est pas le nôtre.
Pour moi, voyager ne consiste pas seulement à découvrir des monuments ou à cocher des incontournables. C’est, avant tout, une manière de regarder le monde.
Alors, voyager autrement, c’est apprendre à percevoir cette trame invisible. C’est comprendre qu’un territoire n’est pas un décor, mais un système culturel cohérent, habité par une mémoire, des tensions, des continuités.
C’est précisément cette posture qui fonde mon approche du travel designer – et qui donne aux voyages que j’organise leur profondeur.
Du tourisme culturel à l’expérience sensible
Dans mon approche du travel design, je ne vous propose pas d’accumuler des lieux. Je cherche à créer des parcours cohérents, sensibles, incarnés.
Un itinéraire n’est pas une liste : c’est une narration.
Chaque destination porte en elle une organisation invisible : des valeurs, des hiérarchies symboliques, des codes implicites, une manière particulière de distinguer l’important de l’accessoire, le public de l’intime, le sacré du quotidien. Rien n’est neutre.
Les lieux parlent, les usages racontent, les silences signifient.
Quand je commence à faire mes recherches sur une destination, je m’interroge toujours :
- Qu’est-ce qui fait l’identité profonde de ce lieu ?
- Quelles sont ses tensions, ses héritages, ses mutations ?
- Comment permettre au voyageur d’entrer en relation avec cette réalité, sans la caricaturer ?
Le voyage devient une immersion respectueuse dans le système de valeurs, de représentations, de codes implicites et de hiérarchies symboliques de l’autre, dans cette manière singulière d’organiser le monde, de distinguer l’important de l’accessoire, le sacré du quotidien, l’intime du public.

Le regard anthropologique en voyage
Bonne nouvelle : nul besoin d’avoir étudié l’anthropologie culturelle pour transformer son regard en voyage. Chacun de nous peut apprendre à observer autrement, à questionner ce qu’il voit, à s’interroger sur les logiques invisibles qui structurent un lieu.
Il suffit d’accepter de ralentir, de déplacer son attention, de passer de la consommation d’images à l’interprétation des signes.
C’est une posture accessible et profondément transformatrice.
Changer le regard, c’est déjà transformer le voyage.
1. Observer les usages
Ce ne sont pas seulement les monuments qui racontent une destination. Ce sont les rythmes, les marchés, les gestes quotidiens, les conversations sur une place, la manière dont les habitants occupent l’espace.
À Milan, par exemple, le moment de la sortie des bureaux dit beaucoup de la culture locale : à partir de 18h, autour de la Piazza del Duomo ou le long des Navigli, commence le rituel de l’aperitivo. Les silhouettes se détachent dans la lumière du soir, les vestes sont impeccables, les chaussures soigneusement choisies, les sacs portés avec intention. Même au quotidien, le style devient langage social. Il suffit de se poster quelques minutes sur la place ou de longer les canaux pour assister à ce véritable ballet urbain : un défilé spontané où l’élégance fait partie de la manière italienne d’habiter la ville.

2. Comprendre les espaces
Un quartier populaire ou moins fréquentés par les touristes n’est pas pour autant moins intéressant qu’un centre historique. Il est souvent plus révélateur.
C’est là que l’on comprend comment une ville respire vraiment : les commerces de proximité où l’on se salue par le prénom, les façades modestes qui racontent les migrations successives, les places où la vie collective reprend naturellement ses droits.
À Rome, par exemple, autour de la fontaine des Amphores à Piazza Testaccio, on assiste depuis quelques années au retour des enfants sur la place publique : ils jouent au ballon, tournent à vélo, inventent des courses improvisées sous le regard tranquille des parents et des grands-parents qui bavardent entre riverains. Cette socialité à l’italienne ne se visite pas, elle se partage. Il suffit de s’asseoir sur un banc, une petite bière à la main, achetée à l’enoteca voisine, pour goûter de près à cette ambiance faite de proximité, de voix mêlées et de temps qui s’étire.
C’est dans ces espaces moins photographiés que se dévoilent les dynamiques sociales, les solidarités discrètes, les tensions aussi, et les récits contemporains d’une destination vivante. Pour un voyageur en quête d’authenticité, c’est une porte d’entrée incomparable dans la réalité du lieu.

3. Lire les pratiques culturelles
Pourquoi, en Italie, le déjeuner reste-t-il un véritable temps de suspension, même au cœur d’une grande ville, quand les bureaux se vident et que les trattorie se remplissent d’habitués ?
Pourquoi, dans tant de villages, la fête patronale continue-t-elle de rythmer l’année, mêlant procession, musique populaire et retrouvailles familiales sur la place centrale ?
Pourquoi à Naples, Palerme, Bari, la rue devient-elle une extension du salon, où l’on parle fort, où l’on échange d’un balcon à l’autre, où la vie privée se déploie en public ?
Pourquoi, dans une petite église romaine comme dans un sanctuaire de province, le silence n’est-il pas seulement spirituel mais aussi profondément inscrit dans une relation italienne au sacré, faite de gestes, de regards et de mémoire collective ?
Le voyage culturel devient alors une lecture du monde.
L’anthropologue derrière le travel planner
Lorsque je conçois votre itinéraire, mon regard d’anthropologue est toujours présent : il guide mes recherches, oriente mes suggestions et façonne l’expérience que je vous propose.
Avant d’être travel planner, j’ai été formée en anthropologie culturelle à l’Université de Rome La Sapienza. Ethnologie, anthropologie urbaine, sociologie, démologie, sémiologie, géographie culturelle… C’était mon pain quotidien !
Ces disciplines m’ont appris une chose essentielle : une ville est un texte, un territoire est un système de signes, une culture est une manière d’habiter le monde.
Concrètement, cela signifie que rien n’est neutre : l’architecture d’un immeuble, la largeur d’une rue, la présence d’un marché plutôt que d’un centre commercial, la manière dont les habitants occupent une place, les affiches collées sur les murs, les langues que l’on entend dans un quartier… Tout cela compose un langage.
Pour un voyageur curieux, apprendre à lire ces signes change l’expérience du voyage : on ne se contente plus de voir, on interprète. On comprend pourquoi tel quartier concentre les ateliers d’artisans, pourquoi tel axe urbain marque une frontière sociale invisible, pourquoi une place devient le théâtre de la vie collective. Le territoire devient alors un récit à décoder et le voyage, une véritable exploration culturelle.

Mes repères en anthropologie du tourisme
Les structures invisibles des cultures
Claude Lévi-Strauss
Grâce à l’Anthropologie structurale, j’ai compris que voyager n’est jamais neutre : c’est une rencontre entre des imaginaires, des représentations et des systèmes culturels qui dialoguent. Derrière la diversité apparente des cultures se cachent des structures, des logiques, des systèmes de sens. Pour un voyageur averti, cela change tout. Explorer une destination, ce n’est pas accumuler des images, c’est repérer les structures invisibles, les oppositions entre centre et périphérie, tradition et modernité, sacré et profane qui organisent la vie locale.
La quête
d’authenticité
MacCannell
L’anthropologie du tourisme m’a fait découvrir la notion de “quête d’authenticité”. Le touriste moderne cherche à vivre quelque chose de “vrai”, différent de son quotidien. Mais cette authenticité est parfois mise en scène, organisée pour répondre aux attentes du visiteur. Comprendre cela permet d’aller plus loin : dépasser le décor, éviter le folklore superficiel et chercher des situations réellement de la vie locale. Mon approche consiste à accompagner cette quête, en orientant le regard vers des expériences qui ne sont pas fabriquées pour plaire, mais ancrées dans la réalité culturelle d’un lieu.
Les
non-lieux
Marc Augé
En anthropologie du tourisme, j’ai approfondi les travaux de Marc Augé et son concept de « non-lieux » : ces espaces de transit comme les aéroports, les centres commerciaux ou les chaînes hôtelières, où l’on passe sans vraiment habiter. Ses théories m’ont appris à distinguer les espaces standardisés des lieux porteurs d’identité, de mémoire et de relations. Mon approche vise précisément à sortir du non-lieu pour entrer dans des espaces vivants, où l’on peut ressentir la texture culturelle d’un territoire.
Le voyage culturel autrement
Voyager avec un regard anthropologique, ce n’est pas intellectualiser le monde. C’est ralentir. C’est accepter de ne pas tout comprendre immédiatement. C’est se laisser déplacer.
C’est sortir du décor pour entrer dans la relation.
Dans chaque projet que j’accompagne, il y a cette intention : permettre une rencontre vraie, subtile, durable avec un lieu et les personnes qui l’habitent.
Si vous aimez comprendre ce que vous voyez, si vous vous demandez pourquoi une ville a cette énergie particulière, pourquoi une place semble plus vivante qu’une autre, pourquoi certains gestes vous touchent sans que vous sachiez l’expliquer, alors cette approche est aussi la vôtre.
Elle transforme le voyage culturel en expérience consciente : vous ne traversez plus un lieu, vous entrez dans sa logique, vous en percevez les nuances, vous en ressentez les tensions et les harmonies. Et c’est là que l’authenticité cesse d’être un mot pour devenir une expérience vécue.
Voyager, ce n’est pas consommer un paysage. C’est entrer, avec délicatesse, dans le monde de l’autre. Et peut-être revenir transformé.
Et si votre prochain voyage devenait un terrain d’exploration culturelle, sensible et profondément humain ?
Si cette manière de voyager résonne en vous, je vous invite à me contacter pour imaginer ensemble un projet sur mesure, pensé comme une véritable immersion, attentive, cohérente et profondément incarnée.



